Entrevue avec le commandant Jean Michelin

Version 2
Le commandant Jean Michelin (ministère des armées)

Suite à la publication de ma recension de son excellent ouvrage Jonquille – Afghanistan 2012, le Chef de bataillon (commandant) Jean Michelin a eu la très grande amabilité d’accepter de répondre à quelques questions de ma part.

Voici donc le contenu de notre échange :

Question : À la page 265 [de votre livre], vous écrivez : « c’était cruellement banal : la France était en vacances, mais nous, nous n’oublierions pas. » Vous faisiez référence au fait qu’un sous-officier des Advisory Teams était tombé au combat. J’ai cru percevoir une certaine frustration de votre part, relativement à la méconnaissance de la mission qui vous était confiée sur ce théâtre d’opérations. Dit autrement, la population en général s’en préoccupe bien peu. Qu’aimeriez-vous que les gens réalisent à propos de votre mission en Afghanistan?

“Il y avait clairement de ma part une ambition secrète, en écrivant ce livre, d’être lu au-delà de la communauté d’intérêt du monde de la Défense, et je ne m’en cache pas. Est-ce que j’ai réussi, c’est une autre question! Mais je suis content d’avoir au moins essayé.”

Réponse : Il y a toujours de la frustration quand un mort au combat est traité de façon expéditive par les médias nationaux. C’est, je pense, une réaction normale quand on est sur place et que l’on sent que l’opinion ne s’intéresse guère à ce que les soldats, déployés au nom du pays et donc de sa population, sont en train de vivre. Mais c’est aussi paradoxal, parce que d’une façon générale, nous n’aimons guère le dolorisme outrancier qui trahit un certain défaut de résilience. Je crois que la vérité est quelque part entre les deux: le traitement médiatique est un symbole du sentiment général face aux forces armées qui s’est développé ces dernières années, celui d’une sympathie sincère mais quelque peu indifférente. C’est assez logique, parce que les armées renvoient une impression de solidité, de valeurs, de confiance qui est soigneusement entretenue (et méritée), mais à l’échelle d’une population, peu de gens sont concernés par la Défense (soit personnellement, soit par l’intermédiaire d’un proche, parent ou ami). Il y avait clairement de ma part une ambition secrète, en écrivant ce livre, d’être lu au-delà de la communauté d’intérêt du monde de la Défense, et je ne m’en cache pas. Est-ce que j’ai réussi, c’est une autre question! Mais je suis content d’avoir au moins essayé.

Question : Nous avons le privilège de découvrir votre récit dans le confort de notre foyer ou devant un petit café (le genre qu’on aimerait placer dans un colis pour vous l’envoyer en Afghanistan si on pouvait revenir en arrière), mais on sent très bien que le genre de mission à laquelle vous avez pris part est un exercice très difficile. Quel est, selon vous, l’élément (qualité) essentielle pour passer au travers avec succès?

“Le facteur essentiel de succès, c’est la formation et l’entraînement.”

Réponse : Je ne vais pas être original, mais le facteur essentiel de succès, c’est la formation et l’entraînement. Cela part des hommes et des femmes que l’on commande, évidemment, et que j’ai voulu mettre au cœur du livre, parce que ce sont eux qui ont été le plus exposé. Mais j’ai toujours eu confiance en eux parce que je m’étais entraîné avec eux, que je les connaissais, que je savais ce que je pouvais leur demander. Cela prend du temps et cela nécessite des moyens, mais c’est absolument essentiel. Le 9 juin, et dans d’autres moments de tension, j’ai – comme tous mes subordonnés – fait ce que je savais faire, ce que j’avais appris à faire, ce que j’avais répété et perfectionné pendant des heures, des jours, des nuits. La formation et l’entraînement, c’est souvent la variable d’ajustement qui souffre de la suractivité, ce n’est pas toujours amusant, mais c’est indispensable. Pour un chef, je crois aussi qu’il faut prendre soin de ses subordonnés, les aimer, les connaître. C’est ce que j’ai cherché à faire. Je ne le regrette pas. Je citerais volontiers mon chef de corps, qui nous a répété à de nombreuses reprises, en fin de mission et après le retour: “je n’ai eu peur de rien car j’étais sûr de vous.” Je suis très jaloux de cette phrase à laquelle je souscris totalement.

Question : Étant féru d’histoire militaire et des grands noms qui en ont jalonné l’écriture depuis des temps immémoriaux, puis-je me permettre de vous demander quel grand chef de guerre vous inspire le plus et pourquoi?

“J’ai une vraie admiration pour Monclar, par exemple, qui, à la veille de la retraite, et alors qu’il était général de corps d’armée, a troqué ses étoiles contre des galons de lieutenant-colonel pour aller commander le bataillon français de Corée.”

Réponse : C’est difficile à dire. Il y a beaucoup de grands noms, de grands chefs, de grands capitaines et de grands généraux dans l’histoire, et dans l’histoire de France en particulier. Je n’ai pas forcément de “héros personnel” défini, mais je suis indéniablement nourri d’une culture militaire française qui a produit de grands chefs non dépourvus de panache. J’ai une vraie admiration pour Monclar, par exemple, qui, à la veille de la retraite, et alors qu’il était général de corps d’armée, a troqué ses étoiles contre des galons de lieutenant-colonel pour aller commander le bataillon français de Corée. Quand on sait la carrière qu’il a eu avant, c’est quand même quelque chose de fort. Et puis, je crois qu’il y a un beau symbole, au soir de sa vie active, près de raccrocher le képi, à retourner au sein de la troupe, près du contact et près des hommes. On passe toute une carrière à regretter ses années de lieutenant et de capitaine, quand on découvre la vie d’officier d’état-major, après tout. J’aime bien cette idée – ce qui ne signifie pas que je m’en sentirais capable pour autant!

Question : À la page 268, vous écrivez : « […] je fumai en interrogeant du regard le ciel vide et adressai une prière silencieuse et maladroite pour le repos des âmes venues servir dans ce recoin désolé du monde. » Sans vouloir m’immiscer dans votre for intérieur, mais quel est le rôle, l’importance, de la foi dans ces missions de guerre que l’on confie à nos militaires?

“J’ai essayé de faire en sorte, quand les conditions opérationnelles le permettaient, que les gens qui le voulaient puissent pratiquer leur religion pendant la mission, que ce soit aller à la messe ou observer le jeûne du Ramadan.”

Réponse : C’est compliqué. Hormis mon cas personnel, qui n’a que peu d’intérêt, je sais toutefois l’importance qu’a ou qu’a pu avoir la foi religieuse en opérations. Il y a quelque chose de très intime mais qui peut être très fort dans ces moments-là. J’ai essayé de faire en sorte, quand les conditions opérationnelles le permettaient, que les gens qui le voulaient puissent pratiquer leur religion pendant la mission, que ce soit aller à la messe ou observer le jeûne du Ramadan. Avoir des aumôniers, imams ou rabbins militaires est une bonne chose, mais je conçois aussi que cela ne convienne pas à tout le monde. Dans un système très régenté par les règles et les consignes de tous ordres, c’est un espace de liberté qui appartient à chacun et que je me suis contenté de respecter sans chercher à imposer quoi que ce soit.

Question : Je suis amateur de Scotch (Whisky). J’ai donc beaucoup aimé les clins d’œil effectués en direction de ce divin breuvage dans votre livre – notamment le récit de la bonne bouteille dégustée dans des verres de cantine (p. 331). Accepteriez-vous de me dire quelle est votre marque de Scotch favorite?

Réponse : J’en bois moins depuis quelques années, étrangement, mais j’aime bien le Caol Ila. Il est hélas introuvable sous mes latitudes actuelles, mais j’ai appris à apprécier le bourbon pour compenser.

Question : Finalement, je serais infidèle à ma passion des bonnes lectures si je ne tentais pas de savoir si vous avez l’intention de reprendre la plume dans un avenir prochain? Prévoyez-vous écrire de nouveau au sujet des affaires militaires?

“Je n’exclus pas de continuer à toucher au monde militaire, parce qu’il y a des problématiques que j’aimerais explorer dans la fiction, mais je n’ai pas non plus envie de m’enfermer dans un genre.”

Réponse : Oui, j’aimerais bien continuer à écrire – j’écris depuis que je suis tout petit. J’ai un projet de roman en cours, c’est une première pour moi. J’espère arriver à le terminer, j’espère aussi qu’il sera suffisamment bon pour être accepté par mon éditeur! Je n’exclus pas de continuer à toucher au monde militaire, parce qu’il y a des problématiques que j’aimerais explorer dans la fiction, mais je n’ai pas non plus envie de m’enfermer dans un genre. Mon rêve, c’est de me sentir un jour suffisamment légitime et suffisamment libre pour pouvoir raconter toutes sortes d’histoires. J’aime bien raconter des histoires.

__________

Je tiens à remercier vivement le Chef de bataillon (commandant) Michelin non seulement pour sa plume exceptionnellement agréable et engageante, mais aussi pour sa grande générosité envers l’auteur de ce blogue en acceptant de répondre à ses questions.

Jonquille – Afghanistan 2012 est actuellement disponible en librairie et je vous garantis que vous ne regretterez pas de vous en procurer un exemplaire et d’y plonger.

Jonquille – Afghanistan 2012

PetiteJonquilleDans ce classique qu’est devenu le livre Anatomie de la bataille, Sir John Keegan observe qu’:

« […] il est dommage que les historiens officiels ignorent délibérément les questions affectives en matière d’historiographie militaire, alors qu’il est évident que cet aspect de la vie du combattant, pour ne rien dire de la tentation d’identification qu’il suscite en nous, est essentiel à la peinture de la vérité historique. » (p. 21).

Même de nos jours, la littérature militaire foisonne de récits consacrés aux impératifs tactiques et stratégiques des grandes batailles et opérations qui remplissent les rayons consacrés à la discipline dans les librairies.

Fort agréablement, une tendance se fait jour depuis quelques années qui accorde la première place à la facette humaine de la res militaris – dans le sillage de l’œuvre de Keegan.

Il m’a récemment été donné de dévorer l’un des plus touchants récits de guerre qui se soit retrouvé entre mes mains.

Dans Jonquille – Afghanistan 2012, le capitaine Jean Michelin nous fait revivre son commandement dans le cadre d’une mission de six mois en Afghanistan. Sous une plume touchante et alerte, l’auteur nous permet de suivre les soldats de sa compagnie « […] dans le labyrinthe de tentes et de bunkers », au rythme d’un quotidien souvent difficile d’une mission éreintante, mais aussi d’imaginer la douleur qui accompagne la perte d’un collègue ou encore le « […] traumatisme induit par le fait de rouler sur un engin conçu pour vous tuer, de s’en sortir sans égratignure et de devoir retourner sur le même chemin trois jours plus tard. »

Sympathisant avec l’aversion ressentie à la dégustation d’un mauvais café (ce breuvage émaille le récit à plusieurs endroits, attestant probablement de la nécessité d’en consommer fréquemment pour rester aux aguets après de trop courtes nuits de sommeil), ressentant la douleur de ces combattants qui doivent encaisser une pression psychologique incomparable, partageant son dégoût à la vue de son adjoint en charge du renseignement dégustant à bord du véhicule blindé à l’intérieur duquel ils prenaient place un hamburger défraichi récupéré sur la base américaine de Bagram, on en vient pratiquement à s’imaginer enfilant les bottes et la frag des subalternes de Jean Michelin aux petites heures du matin pour partir sécuriser une voie de communication.

Pour tout dire, Jean Michelin parvient très bien à nous faire partir en mission avec lui, au ras des pâquerettes – je devrais probablement écrire au ras des paysages enchanteurs regorgeant de menaces et de temps morts.

Après avoir réussi sa mission en Afghanistan, Jean Michelin a également rempli celle qu’il s’était donné en écrivant ce livre palpitant qui est appelé à devenir un classique du genre puisqu’il est parvenu à nous faire comprendre la réalité et le vécu de ces hommes et de ces femmes auxquels nous confions probablement la mission la plus difficile qui soit, celle de mourir s’il le faut. Une réalité que nous oublions trop souvent, affairés dans le confort et la sécurité de nos occupations quotidiennes et éloignés de cette réalité militaire que nos sociétés ont choisi de reléguer à l’arrière-plan dans un monde fourmillant pourtant de menaces et de situations pour lesquelles seuls ces hommes et femmes d’exception sont outillés.

À lire, absolument.

_________

Jean Michelin, Jonquille – Afghanistan 2012, Paris, Éditions Gallimard, 2017, 367 pages.

La Nostalgie de l’honneur

9782246813934-001-t-59f1d31d3e0a6« C’est par les bibliothèques que nous retrouverons le salut. » (Jean-René van der Plaesten, p. 123).

Dans un monde orienté sur l’électronique, la technologie, la gratification immédiate, il va sans dire qu’une telle affirmation se situe à contre-courant de la mentalité dominante. Les livres ont été délaissés pour les tweets, les statuts Facebook et tout le reste. À combien de reprises ai-je eu le sentiment d’être un dinosaure en sortant un livre et un crayon de mon sac?

La lecture du livre La nostalgie de l’honneur de Jean-René van der Plaesten (Grasset) – qui se veut une biographie de son grand père, le Général Jean Crépin, bras droit du Maréchal Leclerc de la brousse africaine jusqu’à l’Indochine et fidèle du Général de Gaulle – fut un grand moment de lecture et une véritable bouffée d’air frais pour moi.

Parce que le fil conducteur de son récit est à l’effet que l’on peut puiser dans le passé et les valeurs qui ont contribué à en écrire quelques-unes des pages les plus héroïques. Affirmant que « la France a inondé le monde de ces noms qui ruissellent de gloire militaire », l’auteur nous permet de découvrir un personnage et ses acolytes qui se sont démarqués au milieu de la tempête par un sens de l’honneur bien trempé.

Jean-René van der Plaesten se pose également la question, à savoir si des valeurs comme la vérité, l’idéal, et la loyauté ne figureraient pas dans un répertoire désuet tant elles ne sont pas à l’ordre du jour des décideurs actuels qui se démarquent par une médiocrité découlant du fait « […] qu’ils ont perdu la foi – en eux, en leur pays, en Dieu. »

La foi. Je vois déjà la rangée de tomates s’aligner pour m’être lancées au visage. Comment peut-on aujourd’hui aborder le sujet sans se voir accoler l’étiquette de « grenouille de bénitier ». Il est pourtant impossible de pleinement apprécier la grandeur de ces hommes que l’on retrouve dans ces pages – Leclerc et de Gaulle principalement – sans y référer. Impossible de vraiment comprendre ce qui a animé ces hommes si on les détache de leur foi.

C’est probablement la raison pour laquelle l’auteur a cru bon ajouter la prière des parachutistes à son récit. « Il me semble que celui qui ne frémit pas à la lecture de cette prière ne peut comprendre notre si imparfaite, si belle, si humaine condition. »

Chacune des pages de cet exceptionnel ouvrage m’a ouvert les yeux sur le fait que l’héritage du grand-père de l’auteur, loin d’être dépassé, est plus que jamais actuel, à l’heure où le monde est confronté à des périls qui font appel à « […] cette étrange faculté de comportement dans laquelle il entre une indéniable grandeur mais aussi une extrême inconscience. » Il ne saurait y avoir d’honneur sans la foi et les gestes concrets qui y sont associés, oserai-je avancer.

La Nostalgie de l’honneur est un excellent antidote à la grisaille de l’éphémère et du paraître qui assombrit l’espace public de nos jours.

Truefitt & Hill saved my skin

IMG_3828

THE FRENCH VERSION FOLLOWS

During my teenage years and my young adult life, shaving was a real torture for me. Super sensitive skin, cuts, repetitive ingrown hairs – all this was my daily plight until the beginning of 2010. While in London, a product caught my attention. A pre-shave oil from Truefitt & Hill (the legendary barbershop whose patrons included Wellington, Churchill, Montgomery and other great figures in British history).

What could it possibly bring to a daily shaving routine? Despite the jokes of my entourage, who claimed that I was acting like a “diva”, I told myself that I had nothing to lose. I had tried so many products – with no positive result. So, I told myself: “one more try can’t hurt.” My expectations were not that high.

I was wrong. Just a few days after I started using it, I noticed a radical change. My skin was much better, shaving was much more comfortable and pleasant. I was done with rashes, ingrown hairs, the torture associated with the razor. I have wholeheartedly adopted the product, which is now part of my lifestyle and skincare routine. Shaving has become a real daily pleasure.

I daresay that Truefitt & Hill has saved my skin…

__________

Durant mon adolescence et ma jeune vie adulte, le rasage était pour moi un véritable exercice de torture. Peau archi sensible, coupures, poils incarnés à répétition – tout cela fut mon lot quotidien jusqu’au début des années 2010. De passage à Londres, un produit a attiré mon attention. Une huile prérasage de la maison Truefitt & Hill (le légendaire salon de barbier dont la liste des clients passé comprend les Wellington, Churchill, Montgomery et autres grands noms de l’histoire britannique).

Qu’est-ce que cela pouvait bien apporter à l’exercice quotidien du rasage. Malgré les plaisanteries de mon entourage, qui prétendait que je jouais « la précieuse », je me suis dit que je n’avais rien à perdre. J’avais essayé tellement de produits. Toujours sans résultat positif. Je me suis donc dit « un de plus, ça ne changera pas grand-chose. »

J’avais tort. Quelques jours seulement après que j’eus commencé à l’utiliser, j’ai constaté un changement radical. Ma peau se portait beaucoup mieux, le rasage était beaucoup plus confortable et agréable. C’en était fini des rougeurs, des poils incarnés, du supplice du rasoir quoi. J’ai donc adopté le produit, qui fait maintenant partie de mon mode de vie.

On peut donc dire que Truefitt & Hill a sauvé ma peau…

Le diable sur la montagne

ThierryLentz

J’ai eu l’inoubliable privilège de passer une partie de l’été 2014 dans la région de Salzbourg. Il était donc inconcevable que le féru d’histoire que je suis ne veuille consacrer une journée à visiter le tristement célèbre « nid d’aigle » d’Hitler, situé sur le mont Kehlstein à proximité de Berchtesgaden dans les Alpes bavaroises.

Je piaffais donc d’impatience de mettre la main sur le plus récent ouvrage de l’historien Thierry Lentz Le diable sur la montagne : Hitler au Berghof 1922-1944 (Perrin, 2017), consacré à l’occupation des lieux par le maître nazi et son entourage pendant plus de deux décennies.

Suite à cette lecture palpitante, force m’est d’admettre que je connaissais bien mal l’importance de cet endroit dans la naissance, le développement et le crépuscule du régime mortifère qui écrivit le chapitre le plus sombre de l’histoire de l’Allemagne et probablement de l’humanité. J’étais sous l’impression que le complexe montagnard du Berghof n’était qu’un centre de villégiature pour le Führer et ses caciques. Or, le directeur de la Fondation Napoléon nous rappelle que « tenter [d’établir la liste des décisions qui ont été prises à cet endroit] serait refaire une bonne partie de l’histoire du IIIe Reich. » (p. 158). C’est dire à quel point l’endroit fut un avant-poste du dernier conflit mondial.

Outre la description des travaux, événements, personnages, rituels et rivalités qui s’y sont succédés dans le décor bucolique des Alpes, le plus grand mérite de l’auteur réside dans sa capacité à nous transporter sur les lieux (il me faut ajouter que la plume de Thierry Lentz est franchement incomparable). En fermant les yeux, j’avais non seulement l’impression d’observer le fonctionnement de la « petite capitale » en temps réel, mais également de revivre ce jour de juillet où j’ai marché sur les traces du diable. La référence aux skinheads observés sur les lieux me fut également familière, puisque j’y ai vécu la même expérience.

J’espère pouvoir retourner un jour à Berchtesdagen et y passer beaucoup plus de temps, chaussé de mes bottes de marche et le livre de Thierry Lentz en main. Pourquoi céder de nouveau à cette « curiosité malsaine » (les mots sont de l’auteur)? Tout d’abord pour y explorer les vestiges que l’horaire prévu par notre guide ne m’a guère permis de découvrir (donc sortir des sentiers touristiques bien orchestrés), mais aussi pour prendre la pleine mesure de la manière par laquelle le mal peut instrumentaliser ce qu’il y a de plus beau et de plus inspirant pour meurtrir l’humanité.

S’il est une chose que je regrette à propos de ce livre, c’est de ne pas avoir pu le dévorer avant de me rendre sur le mont Kehlstein. Petit conseil aux amateurs d’histoire donc. Si vous planifiez une visite dans cette vallée et prendre l’ascenseur qui vous conduira au « nid d’aigle », profitez de l’expérience et des observations de l’un des plus grands historiens et des meilleures plumes de notre temps.

Pour l’heure, Le diable sur la montagne trouve maintenant place parmi les meilleurs qu’il m’ait été donné de lire au sujet de la Seconde Guerre mondiale.

L’art militaire de Napoléon

ArtMilitaireNapoleonEn faisant du ménage dans mes boîtes la fin de semaine dernière, je suis tombé sur un livre – L’art militaire de Napoléon – que je m’étais procuré il y a quelques mois, mais qui était disparu depuis de mon écran radar.

Ayant marché sur les champs de bataille de Austerlitz et Waterloo, admiré le berceau du roi de Rome dans un château de Vienne et parcouru l’exceptionnel musée consacré à la guerre de 1812 à quelques pas de la Place rouge à Moscou – sans parler de deux passages au tombeau de Napoléon aux Invalides à Paris – je me suis dit qu’il était bien temps que je découvre les facettes du génie militaire du personnage sans qui ces visites auraient été impossibles.

Je prévois donc de plonger dans les pages rédigées par Jacques Garnier, probablement après les occupations de la journée. Je partagerai ultérieurement mes impressions avec vous au sujet de cette lecture qui promet d’être fort agréable. Je peux d’ores et déjà relever que l’un des aspects qui m’intéresse particulièrement dans cet ouvrage est le fait que son auteur ne provient pas de la sphère académique, ce qui témoigne bien du vif intérêt que représente le sujet auprès d’un public élargi.

Portes ouvertes à Valcartier

2BlindesValcartier
Des VBL photographiés tôt en matinée sur la BFC Valcartier.

Je reviens tout juste de la belle région de Québec, où moi et ma famille avons passé une superbe journée remplie d’activités fascinantes reliées au travail accompli par les militaires stationnés à la BFC Valcartier.

Au programme, figuraient notamment des kiosques thématiques expliquant les différents métiers (des snipers aux opérateurs de grues en passant par le génie militaire), sans oublier la légendaire balade en VBL – dont petits et grands raffolent.

Cette fenêtre sur le monde militaire permet d’apprécier la diversité des missions accomplies, mais également l’incomparable professionnalisme des femmes et des hommes qui servent dans les Forces armées canadiennes et d’apprécier leur profond dévouement (elles et ils offrent bénévolement leur temps pour cette journée et seront vaillamment de retour au boulot demain matin).

Mille mercis à la Base de soutien de la 2e Division du Canada à Valcartier de nous avoir si bien accueillis aujourd’hui, contribuant ainsi à une meilleure compréhension du rôle vital assumé par les Forces canadiennes dans notre société et alimentant la passion militaire de plusieurs.

À l’année prochaine, je l’espère…