All roads lead to Beijing

9780525656401According to some news reports, Turkey seems inclined to go beyond the threats of potential American sanctions, choosing to equip itself with a Russian air-defense system over the US Patriot air-defense system. As mentioned by one source: “One can’t fall out with Putin but can fall out with Trump.”

America’s current foreign policy, “We’re America, bitch”, undoubtedly has something to do with it.

In his fascinating new book, The New Silk Roads, bestselling Oxford historian Peter Frankopan explores and details how China is taking advantage of the fact that the United States have become a vector of permanent destabilization – notably under the leadership of a president who has no qualms to toss away old friends – in order to make “friends in strategically important locations”, in the context of a very well-articulated good neighbor policy.

topThe new Silk Roads along which Beijing seeks to play an always greater role not only spans a determinant geographical area between China and the Eastern Mediterranean, but also encompasses 63% of the world’s population. Peter Frankopan nevertheless goes on to observe that “[…] it is striking then to see how few friends the US and the West have along the Silk Roads.”

Of course, one should not be naïve to the point of thinking that the descendants of the Middle Kingdom have no interest in articulating their friendly and constructive geopolitical posture. Domestic, economic and security needs are at the core of the rising power’s motivations.But that’s to be expected, for international relations are mainly about interests, not idealism. One cannot expect Xi Jinping to throw billions in Djibouti or Sri Lanka without expecting something in return.

The author opines that “All roads used to lead to Rome. Today, they lead to Beijing”. We should therefore be prepared or, at least, prepare ourselves to deal with the power shift that is slowly but surely developing under our eyes. Alas, in the words of Henry Kissinger, “[…] we don’t understand their history and culture.” I have said it often and I will keep on repeating it, more interest, much more interest, should be devoted to understanding what comes out the halls of power in Beijing and to those who are making the decisions.

Xi Jinping might not be a frequent user of Twitter or a master of the vitriolic formula, but he’s becoming a master at winning the hearts and mind of those he wants to be his allies. In that regard and since he’s at the helm of the decisions perpetrating the shift of gravity from the West to the East, he might be the most consequential current world leader.

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Peter Frankopan, The New Silk Roads: The Present and Future of the World, New York, Knopf, 2019, 320 pages.

De la puissance militaire chinoise

59285914_885111425160899_3410779249404018688_nEn parcourant les données partagées par le Stockholm International Peace Research Institute, je me suis particulièrement intéressé aux données relatives aux dépenses militaires de la Chine. J’ai donc pu observer que, depuis 2005, le budget militaire de Pékin a triplé. L’Empire du Milieu est donc devenu une puissance militaire en pleine expansion et cela dans la logique du fait que “l’internationalisation de la Chine conduit nécessairement le pays à protéger ses intérêts grandissants à l’étranger, mais aussi à assurer la statute internationale du pays, notamment, et de plus en plus, par le biais de son outil militaire”, pour citer le chercheur Antoine Bondaz dans un excellent chapitre publié dans le livre La Chine dans le monde. Comme les eaux tranquilles d’un fleuve, les lieutenants de Xi Jinping se jettent dans les mers tumultueuses de la politique internationale appuyés d’un “outil militaire moderne et opérationnel”.

Dans la tête de Xi Jinping

DansLaTetedeXiJinpingIl y a quelques années, je me souviens avoir vu une photo du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, prise dans l’avion alors qu’il se rendait en Chine. Sur sa table se trouvait le livre d’Henry Kissinger On China. J’avais alors été impressionné par la hauteur de vue du dirigeant israélien, boulimique de lecture et avide de connaissances à propos de cet Empire du Milieu avec lequel il souhaitait resserrer les liens.

Je suis peut-être trop sévère, mais je suis d’avis que les Nord-américains ont trop tendance à prétendre que le monde tourne autour des États-Unis et de l’Europe. À preuve, l’intérêt dominant consacré à la politique américaine (et à Donald Trump) quand on aborde la politique internationale.

Au-delà de cette étroitesse de vue, il y a le reste du monde. Et nous passons à côté de l’ascension de la 2epuissance mondiale, une « […] Chine qui se flatte d’être la seule puissance capable de tenir tête culturellement, économiquement, militairement aux États-Unis », pour reprendre les mots de François Bougon dans son livre Dans la tête de Xi Jinping.

Parce qu’il faut bien le dire, le président chinois est le principal architecte de la posture internationale actuelle de son pays. De la nouvelle route de la soie aux opérations en mer de Chine méridionale, en passant par la progression du fleuron technologique chinois Huawei aux quatre coins du monde, l’homme fort de Pékin alterne entre un usage judicieux du hard power (force militaire) et du soft power(rayonnement culturel) pour avancer ses pions sur l’échiquier mondial, enfilant les habits du chef de file de l’alternative au modèle occidental, « la fatigue démocratique [gagnant] un peu partout. »

Pour bien mesurer le socle du positionnement de la Chine dans le monde, il est essentiel de bien et mieux connaître la personnalité et la pensée de celui qui en préside les destinées. C’est justement ce à quoi s’emploie l’auteur dans un (trop) court ouvrage visant à faire prendre conscience au lecteur et à la lectrice que, même si Xi Jinping ne figure pas parmi les leaders mondiaux les plus sulfureux ou polarisants (nous avons bien quelques exemples en tête…), il n’en demeure pas moins que « Xi est l’homme qui rompt avec cette doctrine du profil bas, donnant ainsi des gages aux jeunes et moins jeunes générations de nationalistes. »

En jouant sur la corde nationaliste, le Secrétaire général du Parti communiste chinois fait la synthèse de l’histoire plurimillénaire de son pays et c’est bien là l’un des atouts les plus importants dans son jeu. Xi Jinping ne deviendra jamais un Gorbatchev (on reproche au second d’avoir été le fossoyeur d’un empire – un destin qu’abhorrent les locataires du Zhongnanhai (quartier général du PCC)), mais il ne rechignera pas à utiliser tous les atouts à sa disposition – qu’ils s’appellent Confucius, Sun Tzu ou Mark Zuckerberg – pour mener le combat.

Que cela plaise ou non, la Chine est déjà en train d’écrire les pages de son avenir et du nôtre par la même occasion. « Pour lui [Xi Jinping], l’avenir est dans le passé », nous dévoile François Bougon. Avec son sourire gêné et sa démarche discrète, Xi Jinping s’avance donc sur la scène mondiale avec l’assurance d’un empereur soutenu par 5000 ans d’histoire. Et nous aurions tort de ne pas consacrer autant d’efforts à découvrir son parcours et sa pensée qu’à s’en méfier.

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François Bougon, Dans la tête de Xi Jinping, Arles, Actes Sud, 2017, 220 pages.