De la puissance militaire chinoise

59285914_885111425160899_3410779249404018688_nEn parcourant les données partagées par le Stockholm International Peace Research Institute, je me suis particulièrement intéressé aux données relatives aux dépenses militaires de la Chine. J’ai donc pu observer que, depuis 2005, le budget militaire de Pékin a triplé. L’Empire du Milieu est donc devenu une puissance militaire en pleine expansion et cela dans la logique du fait que “l’internationalisation de la Chine conduit nécessairement le pays à protéger ses intérêts grandissants à l’étranger, mais aussi à assurer la statute internationale du pays, notamment, et de plus en plus, par le biais de son outil militaire”, pour citer le chercheur Antoine Bondaz dans un excellent chapitre publié dans le livre La Chine dans le monde. Comme les eaux tranquilles d’un fleuve, les lieutenants de Xi Jinping se jettent dans les mers tumultueuses de la politique internationale appuyés d’un “outil militaire moderne et opérationnel”.

Le budget militaire russe rétrécit

Top5DepensesMilitairesJe lisais cette semaine dans mon quotidien britannique favori que la Russie ne fait plus partie du top 5 des pays qui dépensent le plus dans le domaine de la défense.

Accusant une diminution de 3,5% du budget consacré dans cette catégorie en 2018, le pays de Vladimir Poutine a également reculé de deux places au palmarès par rapport à l’année dernière, permettant ainsi à la France d’accéder au top 5.

De là à prétendre que la Russie est en phase d’abandonner la posture résolument militarisme qui lui permet de manifester son influence sur la scène internationale, il y a un pas qu’il faudrait se garder de franchir. On peut notamment se questionner à savoir si ce positionnement est volontaire ou tributaire du contexte entourant les sanctions occidentales et les prix plus bas du pétrole.

Parmi les autres conclusions qu’il est possible de tirer des données dévoilées par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), on apprend également que le budget militaire de la Pologne a enregistré une croissance de 8,9%. Ce développement s’inscrit naturellement dans le contexte des tensions qui subsistent entre Varsovie et Moscou, notamment à propos de la question ukrainienne.

La Grande-Bretagne, de son côté, se classe en 7position derrière la Russie. Le britannophile que je suis ne pouvait s’empêcher de le souligner…

Quant au Canada, son classement au palmarès demeure stable en 14eplace.

Dans la tête de Xi Jinping

DansLaTetedeXiJinpingIl y a quelques années, je me souviens avoir vu une photo du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, prise dans l’avion alors qu’il se rendait en Chine. Sur sa table se trouvait le livre d’Henry Kissinger On China. J’avais alors été impressionné par la hauteur de vue du dirigeant israélien, boulimique de lecture et avide de connaissances à propos de cet Empire du Milieu avec lequel il souhaitait resserrer les liens.

Je suis peut-être trop sévère, mais je suis d’avis que les Nord-américains ont trop tendance à prétendre que le monde tourne autour des États-Unis et de l’Europe. À preuve, l’intérêt dominant consacré à la politique américaine (et à Donald Trump) quand on aborde la politique internationale.

Au-delà de cette étroitesse de vue, il y a le reste du monde. Et nous passons à côté de l’ascension de la 2epuissance mondiale, une « […] Chine qui se flatte d’être la seule puissance capable de tenir tête culturellement, économiquement, militairement aux États-Unis », pour reprendre les mots de François Bougon dans son livre Dans la tête de Xi Jinping.

Parce qu’il faut bien le dire, le président chinois est le principal architecte de la posture internationale actuelle de son pays. De la nouvelle route de la soie aux opérations en mer de Chine méridionale, en passant par la progression du fleuron technologique chinois Huawei aux quatre coins du monde, l’homme fort de Pékin alterne entre un usage judicieux du hard power (force militaire) et du soft power(rayonnement culturel) pour avancer ses pions sur l’échiquier mondial, enfilant les habits du chef de file de l’alternative au modèle occidental, « la fatigue démocratique [gagnant] un peu partout. »

Pour bien mesurer le socle du positionnement de la Chine dans le monde, il est essentiel de bien et mieux connaître la personnalité et la pensée de celui qui en préside les destinées. C’est justement ce à quoi s’emploie l’auteur dans un (trop) court ouvrage visant à faire prendre conscience au lecteur et à la lectrice que, même si Xi Jinping ne figure pas parmi les leaders mondiaux les plus sulfureux ou polarisants (nous avons bien quelques exemples en tête…), il n’en demeure pas moins que « Xi est l’homme qui rompt avec cette doctrine du profil bas, donnant ainsi des gages aux jeunes et moins jeunes générations de nationalistes. »

En jouant sur la corde nationaliste, le Secrétaire général du Parti communiste chinois fait la synthèse de l’histoire plurimillénaire de son pays et c’est bien là l’un des atouts les plus importants dans son jeu. Xi Jinping ne deviendra jamais un Gorbatchev (on reproche au second d’avoir été le fossoyeur d’un empire – un destin qu’abhorrent les locataires du Zhongnanhai (quartier général du PCC)), mais il ne rechignera pas à utiliser tous les atouts à sa disposition – qu’ils s’appellent Confucius, Sun Tzu ou Mark Zuckerberg – pour mener le combat.

Que cela plaise ou non, la Chine est déjà en train d’écrire les pages de son avenir et du nôtre par la même occasion. « Pour lui [Xi Jinping], l’avenir est dans le passé », nous dévoile François Bougon. Avec son sourire gêné et sa démarche discrète, Xi Jinping s’avance donc sur la scène mondiale avec l’assurance d’un empereur soutenu par 5000 ans d’histoire. Et nous aurions tort de ne pas consacrer autant d’efforts à découvrir son parcours et sa pensée qu’à s’en méfier.

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François Bougon, Dans la tête de Xi Jinping, Arles, Actes Sud, 2017, 220 pages.

Le nouvel atout de la puissance navale chinoise

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Le porte-avions chinois CV-17 (source: opex360.com).

Premier porte-avions de conception entièrement chinoise et second de ce type au sein de la marine chinoise, le porte-avions CV-17 vient d’entamer ses essais en mer. Ce développement constitue une manifestation supplémentaire de l’ascension de la puissance militaire chinoise. Pékin est encore bien de pouvoir disposer d’une flotte comparable aux 11 porte-avions de la US Navy, mais l’entrée en mer de son 2bâtiment témoigne bien du fait qu’elle incarne un acteur naval qui s’en vient jouer dans la cour du grand. Il s’agit d’ailleurs d’un sujet que j’entends suivre de près sur ce blogue.

Je tiens d’ailleurs à souligner que cette nouvelle a été portée à mon attention par le newsletter hebdomadaire de Nemrod, une association qui regroupe des étudiants et chercheurs de l’Université de la Sorbonne spécialisés sur les questions de défense et de sécurité internationale.